Tout commence avec un seau d’épluchures posé près de l’évier et une bonne résolution : ne plus jeter tout ça à la poubelle. Quelques semaines plus tard, le composteur au fond du jardin se remplit, se tasse, et une question revient à chaque visite : quand est-ce que ça devient du compost ?

La réponse dépend moins du modèle de composteur que de ce que vous y mettez et de la façon dont vous vous en occupez. Un compost est le travail d’une foule d’êtres vivants (bactéries, champignons, vers, cloportes) qui ont besoin d’air, d’eau et d’une nourriture variée. Bien servis, ils rendent un compost mûr en six mois à un an. Laissés à eux-mêmes, ils finissent le travail, mais plus lentement.

La stroboscopie d’un tas de compost

Scénario de référence : un tas d’environ 1 m³ monté en une fois début avril, dans un bac en palettes, avec des tontes, des déchets de cuisine accumulés et des feuilles mortes gardées depuis l’automne, retourné à la fourche de temps en temps.

  1. 01

    Le tas est monté

    Matières vertes (tontes, épluchures, marc de café) et brunes (feuilles mortes, brindilles broyées, carton brun déchiré) sont mélangées, au moins autant de brunes que de vertes en volume, puis humidifiées. Le bac est plein à ras bord.

  2. 02

    Le coup de chaleur est passé

    Dans les premiers jours, le cœur du tas a chauffé fortement, parfois au-delà de 50 °C, et a pu fumer par un matin frais. La température redescend : premier retournement, en ramenant l’extérieur vers le centre et en arrosant si c’est sec.

  3. 03

    Les vers entrent en scène

    Le tas a nettement perdu de son volume. Des vers rouges, des cloportes et des mille-pattes colonisent la masse, où l’on reconnaît encore des trognons et des tiges. Deuxième retournement.

  4. 04

    Un compost jeune

    La matière est brune, encore grossière, avec des morceaux de bois et des coquilles d’œufs. Elle peut déjà servir en paillage au pied des arbustes ou des fruitiers, étalée en surface, loin des semis.

  5. 05

    La maturation lente

    L’activité ralentit avec les premiers froids. Des filaments blancs de champignons peuvent apparaître : c’est bon signe. Un couvercle ou un vieux carton évite que les grosses pluies ne lessivent le tas.

  6. 06

    Un compost mûr

    Début janvier, la matière est brun foncé, grumeleuse et sent le sous-bois. Les déchets de départ ne sont plus reconnaissables, à part quelques brindilles que le tamis retient. Le compost est prêt pour les plantations du printemps.

Au total, comptez environ neuf mois entre le montage du tas et un compost prêt à épandre, avec une étape intermédiaire vers cinq mois où le compost jeune rend déjà service. Monté au printemps, le tas a profité de la belle saison, quand ses habitants travaillent le plus vite. Pour étaler du compost mûr en mars, lancez donc le tas au printemps ou au début de l’été précédent.

Côté rendement, le compostage divise environ par trois le volume des biodéchets, qui sont surtout faits d’eau. Le mètre cube monté en avril donne donc de l’ordre de 300 litres de compost, soit trois ou quatre brouettes : de quoi étaler 1 cm sur 30 m² de potager, ou pailler 6 m² de massifs sur 5 cm.

Ce qui fait varier le chrono

Deux tas montés le même jour peuvent avoir plus d’un an d’écart à l’arrivée. Voici pourquoi.

  • La taille du tas. Un tas d’environ 1 m³ garde sa chaleur et démarre fort : son cœur peut grimper entre 55 et 70 °C. Un bac plus petit, rempli seau après seau, chauffe peu et composte « à froid », plus lentement : c’est normal.
  • L’équilibre entre verts et bruns. Les matières vertes, humides et riches en azote, nourrissent la décomposition. Les brunes, sèches et riches en carbone, apportent la structure et l’air. Trop de verts donne une masse collante qui sent mauvais ; trop de bruns, un tas qui ne bouge plus. Visez 25 à 50 % de verts pour 50 à 75 % de bruns en volume, soit au moins autant de bruns que de verts.
  • L’humidité. Le bon repère est celui d’une éponge essorée : une poignée serrée dans la main laisse perler quelques gouttes, sans couler. Trop sec en été, le tas s’arrête ; trop mouillé en hiver, il s’asphyxie.
  • Le brassage. Retourner ou simplement aérer le tas à la fourche toutes les quatre à six semaines, surtout les premiers mois, ramène de l’air et relance la décomposition. Un tas jamais retourné finit par composter, mais peut demander jusqu’à deux ans.
  • La taille des morceaux. Une branche entière met des années à disparaître, la même branche broyée quelques mois. Coupez trognons de chou, tiges et grosses épluchures en morceaux de quelques centimètres.
  • La saison. La décomposition est rapide du printemps à l’automne et ralentit nettement en hiver dans un tas froid.

Les chronos de référence

MéthodeEntretienDélaiRésultat
Compostage « à chaud », tas de 90 cm de côté monté en une foisRetourné chaque semaine, cœur entre 55 et 70 °C4 à 6 semainesCompost utilisable au jardin, à laisser mûrir avant les semis
Tas d’environ 1 m³ monté en une fois, équilibréRetournement toutes les 4 à 6 semaines6 à 9 moisCompost mûr, fin et homogène
Composteur de jardin rempli au fil des semainesBrassage de temps en temps9 à 12 moisCompost mûr dans la partie basse
Tas froid, jamais retournéAucun12 à 24 moisCompost mûr au cœur, bords à reprendre
Compost jeune, tas ou composteur classiqueSelon la méthode3 à 6 moisGrossier, à utiliser en paillage
Compost très mûrRepos prolongé, puis tamisage18 mois et plusSupport de culture pour pots et jardinières
Lombricomposteur en appartementApports modérés, bac entre 15 et 25 °CAu moins 5 à 6 mois, puis tous les 3 à 6 moisLombricompost fin et liquide à diluer

À chaque âge son usage

L’ADEME distingue plusieurs degrés de maturité, chacun avec son emploi.

  • Compost jeune, dit demi-mûr, dès 3 à 6 mois. Encore en pleine décomposition, il peut gêner la levée des semis et les jeunes racines. Étalez-le en paillage, en couche d’au moins 5 cm, au pied des haies, des arbustes et des fruitiers.
  • Compost mûr, de 4 à 12 mois selon la méthode. C’est l’amendement du potager et des massifs : quelques centimètres étalés avant les plantations, incorporés par un simple griffage, sans labour profond.
  • Compost très mûr, après 18 mois. Tamisé et mélangé à de la terre, il peut servir de support de culture pour les pots et les jardinières. Pour des semis de tomates en godets, un terreau de semis, plus fin et sans graines d’adventices, reste plus sûr.

Les erreurs qui ralentissent ou gâchent le compost

  • Vider les tontes en une seule couche. Un sac de gazon frais forme une galette gluante qui fermente et sent l’œuf pourri. Mélangez chaque apport de tontes avec des feuilles mortes, du broyat ou du carton brun.
  • Laisser le tas se dessécher. Pendant un été sec, un composteur en plein soleil peut s’arrêter complètement. Arrosez légèrement lors des retournements et placez le bac à mi-ombre, à l’abri du vent.
  • Composter ce qui pose problème. Dans un composteur de jardin, la viande, le poisson et les plats en sauce attirent rats et mouches : l’ADEME range la viande parmi les déchets à composter avec modération, et la plupart des composteurs partagés les refusent. Évitez aussi les excréments de chats et de chiens, les litières minérales, les plantes malades et les mauvaises herbes montées en graines. Les agrumes passent en petite quantité, coupés en morceaux.
  • Jeter les sacs « compostables » dans le bac. L’ANSES déconseille de mettre les plastiques dits biodégradables ou compostables dans un composteur domestique : leur dégradation complète n’y est pas garantie. Videz le seau directement ou tapissez-le de papier journal.

Astuce de chrono : travaillez avec deux bacs côte à côte. L’un se remplit pendant que l’autre mûrit sans nouvel apport. Quand le premier est plein, le second est souvent prêt à être vidé : vous savez toujours quel compost a quel âge, et le cycle ne s’arrête jamais.

Neuf mois de maturation, c’est largement le temps de rendre un chiot propre, et même de préparer un semi-marathon deux fois de suite. Mené à chaud, un tas va bien plus vite : 4 à 6 semaines, à peu près le temps de laisser durcir une dalle en béton (28 jours). Et le compost tamisé en plein hiver tombera à pic pour faire pousser des pommes de terre au printemps.

Questions fréquentes

Comment savoir si un compost est mûr ?

Un compost mûr est brun foncé, grumeleux, sent le sous-bois et on n’y reconnaît plus les déchets de départ. Pour en avoir le cœur net, faites le test du cresson : semez une pincée de cresson alénois dans un pot de ce compost et, à côté, dans un pot de terre du jardin. Si, au bout d’une semaine, les deux pots ont autant levé et que les plantules restent bien vertes, le compost est prêt.

Peut-on accélérer un compost ?

Oui : broyez les déchets, mélangez verts et bruns, gardez l’humidité d’une éponge essorée et retournez souvent. La méthode « à chaud » pousse la logique au bout : un tas d’environ 90 cm de côté monté en une fois et retourné chaque semaine reste deux à trois semaines entre 55 et 70 °C, puis donne un compost utilisable en 4 à 6 semaines. Inutile d’acheter un activateur : une pelletée de compost mûr suffit.

Pourquoi mon compost sent mauvais ?

Une odeur d’œuf pourri ou d’égout signale un tas trop humide et trop tassé, souvent chargé en tontes ou en déchets de cuisine. Ajoutez des matières sèches (feuilles mortes, broyat, carton brun déchiré) et retournez-le pour l’aérer. Une odeur d’ammoniac indique plutôt un excès de matières vertes. Un compost qui fonctionne bien ne sent presque rien, sinon la terre.

Quand vider son composteur ?

Quand la partie basse est mûre, en général 9 à 12 mois après les premiers apports dans un composteur alimenté en continu. Beaucoup de jardiniers récoltent au printemps, avant les plantations, ou à l’automne, pour pailler les massifs avant l’hiver. Prélevez le compost brun et grumeleux par la trappe du bas, tamisez-le et remettez dans le bac les morceaux encore reconnaissables : ils relanceront la fournée suivante.

Combien de temps pour un lombricomposteur en appartement ?

Comptez au moins 5 à 6 mois avant la première récolte de lombricompost, le temps que les vers se multiplient et que les plateaux se remplissent, puis une récolte tous les 3 à 6 mois. Les vers travaillent le mieux entre 15 et 25 °C : gardez le bac à l’abri du gel et des fortes chaleurs, nourrissez-le par petites quantités et évitez la viande, les produits laitiers et la plupart des agrumes.

Sources et références

  1. Comment réussir son compost ?Commissariat général au développement durable
  2. CompostingRoyal Horticultural Society
  3. BiodéchetsMinistère de la Transition écologique
  4. It’s Alive! The Wonder of ‘Hot’ CompostingUniversity of California Agriculture and Natural Resources

Comment ce chrono a été établi : nous croisons les consignes des fabricants, les références techniques et sanitaires et la pratique courante, puis nous donnons une fourchette plutôt qu’un chiffre unique. Notre méthode