Il reste 9 % de batterie, vous partez dans une heure, et le téléphone sert de billet de train, de GPS et de carte bancaire. Combien de temps le laisser branché ? Avec un chargeur rapide, une demi-heure rend souvent la moitié de la batterie, et un plein complet demande environ 1 h 30.

Ce chrono dépend d’abord du chargeur. Le calcul ressemble à celui d’un plein d’essence : temps ≈ énergie de la batterie (en Wh) ÷ puissance réellement reçue (en W). Une batterie de 5 000 mAh stocke environ 19 Wh (sa capacité multipliée par une tension moyenne proche de 3,8 V) : un vieux cube de 5 W met plusieurs heures à la remplir, un chargeur de 25 W bien moins, si le téléphone accepte cette puissance.

Autre surprise : la jauge grimpe vite jusqu’à 70 ou 80 %, puis se traîne. Ce n’est pas une panne, c’est ainsi que se recharge toute batterie lithium-ion.

La stroboscopie d’une recharge rapide

Scénario : un smartphone récent de 5 000 mAh, tombé à 10 % au réveil, branché à 7 h sur un chargeur USB-C de 25 W dans une cuisine à 20 °C, écran éteint.

  1. 01

    7 h, branché à 10 %

    Câble USB-C bien enfoncé, chargeur au mur. Selon les modèles, une mention signale la charge rapide ; en son absence, le chargeur ou le câble la bride peut-être.

  2. 02

    Pleine puissance

    La jauge dépasse 25 %. C’est la phase à courant constant : le téléphone absorbe presque tout ce que le chargeur fournit et tiédit légèrement, ce qui est normal.

  3. 03

    La moitié du chemin

    Environ 55 à 60 % affichés. Pressé ? Débranchez sans regret : le plus rapide est fait.

  4. 04

    Cap des 80 %

    La batterie approche de sa tension maximale : le téléphone maintient cette tension et laisse l’intensité baisser peu à peu. Chaque pour cent demande désormais plus de temps.

  5. 05

    Le ralenti des derniers pour cent

    Autour de 90 %. Le courant n’est plus qu’une fraction de celui du début : les 10 derniers pour cent vont prendre presque autant de temps que le passage de 10 à 50 %.

  6. 06

    100 %, on débranche

    8 h 30. La charge s’arrête quand le courant tombe à quelques pour cent de la capacité. Débranchez : rester à 100 % sur le secteur n’apporte rien.

Au total, 1 h 30 pour un plein, mais un temps très mal réparti : 45 min de 10 à 80 %, puis 45 min pour les 20 derniers pour cent. Battery University le résume ainsi : un fort courant remplit vite la batterie jusqu’à 70 % environ, mais ne raccourcit guère la charge complète, car la phase de saturation s’allonge en contrepartie.

Ce qui fait varier le chrono

  • La puissance du chargeur. C’est le facteur numéro un : 3 h 30 à 5 h pour un plein avec un vieux chargeur de 5 W, 2 h à 2 h 45 avec 10 à 12 W, 1 h à 2 h avec un chargeur rapide de 18 à 30 W. Plusieurs modèles haut de gamme récents acceptent 40 à 45 W et gagnent 50 % en 15 à 25 min ; quelques téléphones vont bien au-delà et font le plein en moins de 45 min.
  • Ce que le téléphone accepte. Le chargeur propose, le téléphone dispose : un chargeur de 65 W sur un téléphone limité à 25 W charge à 25 W au plus. Encore faut-il un protocole commun, le plus souvent USB Power Delivery.
  • La capacité de la batterie. Beaucoup de smartphones récents embarquent 4 000 à 5 000 mAh, soit 15 à 19 Wh, mais l’éventail va d’environ 3 000 à plus de 6 000 mAh. À chargeur égal, 25 % de capacité en plus, c’est environ 25 % de temps en plus.
  • Le niveau de départ et d’arrivée. Jusqu’à 70 à 80 %, la batterie encaisse un fort courant. Ensuite, sa tension plafonne et le courant décroît jusqu’à 3 à 5 % de la capacité : passer de 20 à 80 % va donc bien plus vite que de 80 à 100 %.
  • La température. Une batterie lithium-ion se recharge au mieux entre 10 et 30 °C. Au-delà de 35 °C, seuil que l’ADEME conseille d’éviter, le téléphone réduit la puissance, voire suspend la charge vers 80 % le temps de refroidir. Sous 5 °C environ, le courant de charge doit être réduit, et aucune charge n’est permise sous 0 °C.
  • La recharge sans fil. Un chargeur à induction de 7,5 à 15 W demande souvent 2 h à 3 h 30 : une partie de l’énergie part en chaleur, et un téléphone chaud charge moins vite. Les socles magnétiques récents, jusqu’à 25 W, se rapprochent du câble sur les téléphones compatibles.
  • L’usage pendant la charge. Jeu, GPS, appel vidéo : l’écran et le processeur prélèvent une part de la puissance et chauffent la batterie. Sur un petit chargeur, la jauge peut presque stagner.

Les chronos de référence

Ordres de grandeur pour une batterie de 4 000 à 5 000 mAh, téléphone au repos, dans une pièce tempérée.

ChargeurPuissanceDe 0 à 50 %De 0 à 100 %
Vieux chargeur 5 V et 1 A5 W1 h 45 à 2 h 303 h 30 à 5 h
Chargeur USB-A 5 V et 2 A à 2,4 A10 à 12 W45 min à 1 h 152 h à 2 h 45
Chargeur rapide USB-C18 à 30 Wenviron 30 min1 h à 2 h
Chargeur rapide puissant, si le téléphone l’accepte40 à 45 W15 à 25 min1 h à 1 h 30
Chargeur sans fil à induction7,5 à 15 W45 min à 1 h 302 h à 3 h 30

Méfiez-vous des ports USB-A d’anciens ordinateurs, de téléviseurs ou de box internet : en USB 2.0, ils ne fournissent souvent que 2,5 W, deux fois moins qu’un vieux chargeur.

Quel chargeur pour aller plus vite ?

La puissance est inscrite en petits caractères sur le chargeur : cherchez le nombre suivi de « W ». À défaut, multipliez la tension par l’intensité : « 5 V, 1 A » donne 5 W ; « 9 V, 2,22 A » donne 20 W.

Depuis le 28 décembre 2024, les téléphones mis sur le marché dans l’Union européenne doivent se recharger par un port USB-C, et la technologie de recharge rapide est harmonisée : un fabricant ne peut plus brider sans raison la vitesse avec un chargeur compatible d’une autre marque. Il doit aussi indiquer la puissance dont l’appareil a besoin et s’il accepte la recharge rapide. Comparez ce chiffre avec celui de votre chargeur avant d’en racheter un.

Le câble compte aussi : la charge rapide harmonisée passe par un câble USB-C aux deux bouts, et un vieux câble à embout USB-A rectangulaire limite souvent la puissance. Enfin, l’ADEME recommande le chargeur d’origine ou un modèle de même puissance conforme aux normes européennes, pour éviter d’abîmer la batterie de façon irréversible.

Les erreurs qui font perdre du temps

  • Recharger au soleil ou sous un oreiller. Sur un tableau de bord en été ou enfoui dans un lit, le téléphone chauffe et réduit sa puissance de charge. Posez-le à plat, à l’air, et retirez une coque épaisse s’il devient chaud.
  • Jouer ou filmer pendant la charge. Le téléphone consomme d’un côté ce qu’il reçoit de l’autre, et chauffe. Battery University conseille même d’éteindre l’appareil, pour que le courant de fin de charge baisse normalement.
  • Brancher sur le port USB d’une télé ou d’un vieil ordinateur. Avec 2,5 W, un plein demande plus de 6 h : réservez ces ports au dépannage.
  • Garder un câble fatigué. Plié, dénudé ou mal ajusté, il provoque des coupures et fait perdre la charge rapide. Essayez un autre câble avant d’accuser la batterie, et vérifiez qu’aucune peluche n’encrasse le port.
  • Croire à une panne à 80 %. Une jauge bloquée à 80 % signale souvent la recharge optimisée ou une limite de charge. Désactivez-la le jour où il vous faut 100 %.

Astuce de chrono : pressé, visez 80 % et non 100 %. Avec un chargeur rapide, passer de 30 à 80 % prend souvent une trentaine de minutes, quand les 20 derniers pour cent en réclament souvent autant à eux seuls. Pendant ce temps, mode avion et écran éteint : presque toute la puissance va à la batterie.

Une demi-heure de charge rapide, c’est à peu près le temps de courir 5 km à allure tranquille : au retour, la batterie a récupéré environ la moitié de sa capacité. Un plein d’environ 1 h 30 dure autant que la levée d’une pâte à pizza. Et une sieste de 20 min, téléphone posé sur un chargeur rapide, suffit à regagner près d’un tiers de batterie.

Questions fréquentes

Pourquoi mon téléphone charge-t-il lentement ?

Vérifiez dans l’ordre le chargeur, dont la puissance en watts est inscrite dessus, le câble, puis la température : un téléphone chaud, au soleil ou dans une coque épaisse, réduit sa puissance. Une application gourmande en arrière-plan freine aussi la charge. Si la jauge s’arrête net à 80 %, c’est souvent la recharge optimisée.

Peut-on laisser son téléphone charger toute la nuit ?

C’est possible : le téléphone coupe la charge une fois plein. Mais une batterie maintenue longtemps à 100 %, surtout au chaud, s’use plus vite, et l’ADEME conseille d’éviter de la laisser charger toute la nuit. Si c’est votre habitude, activez la recharge optimisée : le téléphone patiente vers 80 % et ne termine qu’à l’approche de votre heure de réveil.

Faut-il charger son téléphone jusqu’à 100 % ?

Pas au quotidien. Rester entre 20 et 80 % environ ménage la batterie, et c’est la zone où la charge va le plus vite. Au-delà, la batterie approche de sa tension maximale et le téléphone réduit le courant pour la protéger, comme une voiture électrique sur borne rapide. Gardez le plein complet pour les longues journées loin d’une prise.

Comment savoir si mon chargeur est un chargeur rapide ?

Regardez la puissance inscrite en watts, ou multipliez les volts par les ampères. En dessous de 10 W, c’est un chargeur lent ; à partir de 18 à 20 W en USB-C, la plupart des téléphones passent en charge rapide, si le protocole est compatible. Depuis fin 2024, la puissance que réclame l’appareil doit être indiquée : comparez les deux chiffres.

Faut-il charger un téléphone neuf pendant 8 h la première fois ?

Non. Cette consigne date des anciennes batteries au nickel. Une batterie lithium-ion est prête dès la sortie d’usine : Battery University qualifie de « vieille école » la recommandation de 8 h de charge initiale. Rechargez un téléphone neuf comme les autres, en 1 h 30 environ avec un chargeur rapide, et utilisez-le normalement dès le premier jour.

Sources et références

  1. Entretenez votre smartphoneADEME
  2. BU-409: Charging Lithium-ionBattery University
  3. BU-410: Charging at High and Low TemperaturesBattery University
  4. One common charging solution for allCommission européenne

Comment ce chrono a été établi : nous croisons les consignes des fabricants, les références techniques et sanitaires et la pratique courante, puis nous donnons une fourchette plutôt qu’un chiffre unique. Notre méthode