« Faire du sport », d’accord, mais combien ? Entre la collègue qui court trois fois par semaine et l’ami persuadé que ses trajets à pied suffisent, difficile de savoir où placer la barre. Elle existe pourtant, elle est chiffrée, et elle est plus basse qu’on ne l’imagine.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) raisonne à la semaine, pas à la journée : 150 à 300 min d’activité d’intensité modérée pour un adulte. Rapporté aux 10 080 min d’une semaine, le minimum représente à peine 1,5 % de votre temps. Et il ne s’agit pas forcément de « sport » : marcher d’un bon pas jusqu’au bureau, pédaler jusqu’au marché ou tondre la pelouse compte aussi.

Le vrai défi n’est donc pas la durée, mais la régularité, sans oublier l’ingrédient que beaucoup négligent : le renforcement musculaire, deux jours par semaine.

La stroboscopie d’une semaine active

Voici une semaine type qui remplit le contrat de l’OMS pour un adulte qui travaille, sans abonnement à une salle : 150 min d’endurance d’intensité modérée et deux courtes séances de renforcement.

  1. 01

    Lundi : 30 min de marche rapide

    Descendez du bus quelques arrêts plus tôt : 15 min à l’aller, 15 min au retour, à un rythme qui essouffle un peu sans empêcher de parler. Compteur : 30 min.

  2. 02

    Mardi : première séance de renforcement

    Vingt minutes à la maison : squats, pompes contre une table, fentes et gainage, en deux ou trois tours. Ces 20 min s’ajoutent à l’endurance. Compteur : 30 min et 1 séance.

  3. 03

    Mercredi : 30 min à vélo

    Trajet domicile-travail, course à la boulangerie ou balade avec les enfants, à allure régulière. Compteur : 60 min.

  4. 04

    Jeudi : trois tranches de 10 min

    Journée chargée : 10 min de marche rapide le matin, 10 à midi, 10 en rentrant. Les tranches s’additionnent. Compteur : 90 min.

  5. 05

    Vendredi : deuxième séance de renforcement

    Même circuit de 20 min, ou un cours de yoga ou de Pilates tonique. Compteur : 90 min et 2 séances, le quota de renforcement est rempli.

  6. 06

    Samedi : 1 h d’une activité qui vous plaît

    Randonnée, vélo, danse ou aquagym : une heure d’effort modéré boucle le compte. Compteur : 150 min, le minimum est atteint.

  7. 07

    Dimanche : bonus ou repos

    Rien d’obligatoire. Une balade d’un bon pas ou une heure de jardinage rapproche de la cible haute de 300 min.

Au total, la semaine compte 2 h 30 d’endurance et 40 min de renforcement, un peu plus de 3 h de mouvement sur 168 h. Remplacez la sortie du samedi par 30 min de course à pied et vous gagnez une demi-heure : les repères de l’OMS mettent 75 min d’effort soutenu au même niveau que 150 min d’effort modéré.

Ce qui fait varier le chrono

Les 150 à 300 min sont le repère de l’adulte. Plusieurs paramètres déplacent le curseur.

  • L’intensité. C’est le levier le plus puissant. En passant d’un effort modéré (marche rapide) à un effort soutenu (course à pied), le chrono hebdomadaire est divisé par deux : 75 à 150 min suffisent.
  • L’âge. De 5 à 17 ans, l’OMS demande au moins 60 min par jour en moyenne, soit 7 h par semaine, avec au moins 3 fois par semaine des activités soutenues et des exercices qui renforcent les muscles et les os. Après 65 ans, le socle reste de 150 à 300 min, dont au moins 3 séances par semaine d’activités variées centrées sur l’équilibre et la force, pour prévenir les chutes.
  • L’objectif. Dès 150 min, l’OMS parle de bénéfices substantiels pour la santé ; au-delà de 300 min modérées, ou de 150 min soutenues, de bénéfices supplémentaires. En dessous, chaque minute compte : une activité limitée vaut mieux qu’aucune.
  • Le temps passé assis. On peut être actif et sédentaire à la fois. Le repère français consiste à se lever et marcher quelques minutes au moins toutes les 2 h ; selon Santé publique France, l’Anses préconise même depuis 2025 une pause toutes les 30 min. En 2024, 28 % des adultes de 18 à 79 ans déclaraient passer plus de 7 h par jour assis. Pour atténuer les effets d’une forte sédentarité, l’OMS conseille de viser au-delà des niveaux recommandés.
  • La grossesse et les maladies chroniques. Sans contre-indication, une femme enceinte vise au moins 150 min d’activité modérée par semaine. Le repère de 150 à 300 min vaut aussi pour les adultes vivant avec une maladie chronique, comme l’hypertension ou le diabète de type 2. Le type d’effort et sa progression se discutent alors avec le médecin ou la sage-femme.
  • Le point de départ. Si vous partez de zéro, commencez petit et augmentez progressivement la fréquence, la durée, puis l’intensité : les 150 min sont un point d’arrivée.

Les chronos de référence

ProfilEndurance par semaineRenforcement et équilibreEn pratique
Adulte, effort modéré150 à 300 min2 jours ou plus30 min, 5 jours sur 7
Adulte, effort soutenu75 à 150 min2 jours ou plus25 min de course, 3 fois
Adulte, bénéfices supplémentairesPlus de 300 min modérées ou de 150 min soutenues2 jours ou plusEnviron 45 min par jour
Enfant ou ado de 5 à 17 ansAu moins 60 min par jour en moyenne, soit 7 hMuscles et os, 3 fois ou plusTrajets, jeux, sport scolaire, club
Personne de 65 ans et plus150 à 300 minForce 2 jours, équilibre 3 fois ou plusMarche, tai-chi, danse, gym douce
Femme enceinte, sans contre-indicationAu moins 150 minRenforcement varié, périnéeMarche, natation, avec l’avis de la sage-femme

L’OMS parle d’un volume réparti « tout au long de la semaine », et Manger Bouger, le site de Santé publique France, recommande « au moins 30 minutes d’activités physiques dynamiques par jour ». Les deux messages se rejoignent : 30 min par jour font 210 min par semaine, en plein dans la fourchette. En 2024, 57 % des adultes connaissaient cette recommandation complète, durée et intensité comprises.

Modérée ou soutenue : le test de la conversation

Pas besoin de cardiofréquencemètre pour savoir si vos minutes comptent : parlez en bougeant.

  • Vous tenez une conversation, un peu essoufflé : intensité modérée. Marche rapide, vélo à allure régulière, aquagym, danse, randonnée.
  • Vous ne dites que quelques mots avant de reprendre votre souffle, et vous transpirez : intensité soutenue. Course à pied, natation rapide, vélo en côte, sports collectifs.
  • Vous pourriez chanter : intensité faible. Ces minutes ne remplissent pas le quota, mais elles rompent la sédentarité.

Côté renforcement, un effort compte quand il fait travailler les grands groupes musculaires (jambes, hanches, dos, abdominaux, poitrine, épaules, bras) jusqu’à devoir souffler un peu. Porter des courses lourdes, bêcher ou enchaîner des pompes contre un mur en font partie, sans passer par la salle.

Les erreurs qui faussent le compteur

  • Ne compter que le « vrai » sport. Trajets à pied ou à vélo, escaliers, jardinage et ménage énergique entrent dans le total : pour l’OMS, toute activité physique compte. Vous êtes peut-être plus proche des 150 min que vous ne le pensez.
  • Tout concentrer sur le dimanche. Une grosse sortie hebdomadaire vaut mieux que rien, mais les repères parlent d’une activité répartie sur la semaine. Après cinq jours assis, 2 h 30 d’un coup vous exposent en prime aux courbatures.
  • Oublier le renforcement. Courir 150 min par semaine sans jamais solliciter le haut du corps prive des bénéfices propres au renforcement musculaire. Les deux séances s’ajoutent au quota d’endurance.
  • Croire que la séance efface la journée assise. Un footing le matin, puis 9 h derrière un écran : vous êtes actif, mais sédentaire. Levez-vous au moins toutes les 2 h.
  • Passer de zéro à 300 min en une semaine. L’enthousiasme de la rentrée se paie souvent en douleurs, puis en abandon. Commencez par quelques tranches de 10 min, puis ajoutez-en.

Astuce de chrono : raisonnez en blocs de 10 min. Le minimum hebdomadaire en compte 15 : dessinez 15 cases sur un papier aimanté au frigo et cochez-en une par tranche de 10 min de marche rapide ou de vélo. Dix minutes de course à pied en cochent deux, puisque l’effort soutenu compte double.

Pour vous donner un ordre de grandeur, 150 min, c’est à peu près le temps de faire lever une pâte à pizza et de laisser reposer les pâtons. Une sortie pour marcher 10 km prend 1 h 40 à 2 h 30 selon l’allure, soit au moins les deux tiers du minimum. Et si vous visez l’intensité soutenue, trois sorties pour courir 5 km en 25 min chacune couvrent exactement les 75 min demandées.

Questions fréquentes

Combien de minutes de sport faut-il faire par jour ?

Pour un adulte, le repère français est d’au moins 30 min d’activité physique dynamique par jour, d’intensité modérée à élevée. Sur une semaine, cela fait 210 min, au cœur de la fourchette de 150 à 300 min fixée par l’OMS. Les 5 à 17 ans visent au moins 60 min par jour en moyenne. À défaut de bouger tous les jours, 30 min cinq fois par semaine suffisent à atteindre le minimum.

La marche compte-t-elle comme activité physique ?

Oui, à condition d’allonger le pas. Une marche rapide, qui essouffle un peu tout en permettant de parler, est une activité d’intensité modérée et compte pleinement dans les 150 min. Une flânerie devant les vitrines pèse moins, mais elle interrompt la position assise. Marcher 30 min d’un bon pas, cinq jours sur sept, remplit le minimum de l’OMS.

Peut-on faire tout son sport le week-end ?

C’est mieux que rien : pour l’OMS, toute activité compte, et le service de santé britannique (NHS) note qu’une ou deux séances par semaine peuvent déjà réduire le risque de maladie cardiaque ou d’AVC. Mais les repères parlent d’une activité répartie tout au long de la semaine : le NHS conseille de l’étaler sur 4 à 5 jours, voire tous les jours.

Combien de temps de sport par semaine pour perdre du poids ?

Il n’existe pas de durée magique. L’OMS note que l’activité physique peut améliorer les mesures de la masse grasse, et que dépasser 300 min d’activité modérée par semaine apporte des bénéfices supplémentaires. Mais la perte de poids dépend aussi de l’alimentation, du sommeil et du point de départ. Pour un objectif chiffré, parlez-en à votre médecin, qui pourra vous orienter vers un diététicien ou une Maison Sport-Santé.

Le ménage et le jardinage comptent-ils comme activité physique ?

Oui. L’OMS range explicitement les tâches ménagères et quotidiennes parmi les façons d’être actif. Tout dépend de l’intensité : passer l’aspirateur avec énergie ou tondre la pelouse essouffle et compte comme un effort modéré, et bêcher fait aussi travailler les muscles. Ranger tranquillement la cuisine relève de l’intensité faible : utile contre la sédentarité, mais hors quota.

Sources et références

  1. Lignes directrices de l’OMS sur l’activité physique et la sédentarité : en un coup d’œilOrganisation mondiale de la santé
  2. Activité physiqueOrganisation mondiale de la santé
  3. Augmenter l’activité physiqueSanté publique France (Manger Bouger)
  4. Activité physique, sédentarité et alimentation : résultats des Baromètres de Santé publique FranceSanté publique France

Comment ce chrono a été établi : nous croisons les consignes des fabricants, les références techniques et sanitaires et la pratique courante, puis nous donnons une fourchette plutôt qu’un chiffre unique. Notre méthode